Alphabétismes transsahariens : L’écriture à travers le désert

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Alphabétismes transsahariens : L’écriture à travers le désert

Fiona McLaughlin

Ce projet apporte une perspective sociolinguistique aux traditions d’écriture utilisées par les populations sahariennes. Il montre que l’environnement transsaharien est constitué d’influences historiques, religieuses et linguistiques partagées. Le projet montre que les langues vernaculaires sont pratiquées de manière quotidienne par de nombreuses sociétés africaines. Il retrace leur transmission et leur diffusion par l’éducation islamique et les traditions nomades et plaide en faveur du concept d’une zone d’influence transsaharienne. Il contribue ainsi à un nouveau volet de recherche interdisciplinaire qui interroge la construction du Sahara par les intellectuels, les archives coloniales et l’imagination populaire. Il questionne le fait de considérer le Sahara comme une barrière séparant le Maghreb de l’Afrique subsaharienne, les populations blanches des noires, les musulmans des païens, finalement les arabes des Africains. Son objectif est de considérer le Trans-Sahara comme une espace composé des trois pays du Maghreb (le Maroc, l’Algérie et la Tunisie), du Sahel ouest-africain (Sénégal, Mali, Niger) et de la Mauritanie.

Le projet étudie deux traditions d’écriture que sont l’adjami et le tifinagh. L’adjami est l’alphabet utilisé dans la transcription de langues africaines en arabe et le tifinagh, plus restreint et distinctif, est un ancien alphabet utilisé pour transcrire les langues berbères telles que le tachelhit au Maroc et le tamasheq au Mali et au Niger. Le projet porte en particulier sur l’étude des pratiques d’écriture populaires quotidiennes, des méthodes d’écriture dites informelles qui se développent indépendamment du régime normatif d’alphabétisation de l’État colonial et postcolonial via l’éducation publique. L’objectif est de confronter la vision coloniale de l’Afrique comme un «continent oral». Bien que généralement négligés dans les enquêtes sur l’alphabétisation en Afrique, l’adjami et le tifinagh constituent des pratiques d’écriture importantes pour de nombreux Africains et proposent des alternatives au français ou à l’arabe officiels de l’espace transsaharien. Le choix d’un système d’écriture comporte une signification sociale ou le plurilinguisme et le plurigraphisme deviennent des stratégies utilisées à des fins de contestation politique et idéologique.

Publications:

Mc Laughlin, Fiona. 2018. In press. “Ajami writing practices in Atlantic-speaking Africa.” In Friederike Lüpke, ed. The Oxford Guide to the Atlantic Languages. Oxford University Press.(lire)

Mc Laughlin, Fiona. 2015. “Linguistic warscapes of northern Mali.” Linguistic Landscape 1(3):213-242.

Podcast:

La sociolinguistique de l’écrit dans le Trans-Sahara. Centre d’Études Maghrébines en Algérie in Oran, Avril 2018. [en français].